Les petites filles Modèles …chapitres 11 à 13

Les petites filles Modèles …chapitres 11 à 13

28 août 2013 0 Par

tubes victorien

11 – Jeannette la voleuse

Trois jours avaient passé depuis la disparition de la poupée. Il faisait chaud et les enfants s’étaient installés dans le jardin sous des arbres touffus. Madeleine lisait ; Camille tressait des couronnes de fleurs ; la petite Marguerite les posait ensuite sur la tête de la poupée que Madeleine lui avait prêtée.

La petite boulangère, Suzanne, passa près d’elles en allant porter deux pains à la cuisine. Elle s’arrêta devant Marguerite et regarda attentivement la poupée.

– Elle est jolie, votre poupée, main’selle !

MARGUERITE. – La plus jolie que tu aies vue ?

SUZANNE. – Pardon, mam’selle, mais j’en ai vu une plus jolie que la vôtre, hier.

MARGUERITE. – Et où donc, Suzanne ?

SUZANNE. – C’est Jeannette qui l’a ; elle a une belle robe de soie lilas.

MARGUERITE. – La petite meunière ! Qui la lui a donnée ?

SUZANNE. – Je ne sais pas, mam’selle. Elle l’a depuis trois jours.

Camille, Madeleine et Marguerite se regardèrent d’un air étonné. Elles commençaient à soupçonner que la jolie poupée de Jeannette était celle de Marguerite.

CAMILLE. – La poupée a-t-elle des sabots ?

SUZANNE, riant. – Pour ça, non ! Elle a une jolie chaussure de satin bleu et l’autre pied est nu.

MARGUERITE, s’élançant de sa chaise. – C’est ma poupée !

SUZANNE. – Ah ! Jeannette m’avait dit de ne pas en parler parce que ça ferait des jaloux.

CAMILLE, bas à Marguerite. – Laisse aller Suzanne et courons dire à maman ce qu’elle vient de nous raconter.

Les trois petites coururent au salon.

Mme de Rosbourg jouait du piano.

CAMILLE et MADELEINE, précipitamment. Madame, madame ! Jeannette a la poupée de Marguerite ! Il faut qu’elle la rende.

MADAME DE ROSBOURG. – Mais vous perdez la tête !

MADELEINE, – Mais, madame, Suzanne l’a vue !

MARGUERITE. – Elle porte une robe de soie lilas et une seule chaussure de satin bleu. C’est bien sûr ma poupée !

MADAME DE ROSBOURG. – Ecoute, ma petite Marguerite, va me chercher Suzanne. Je voudrais l’interroger. Et si j’ai des raisons de penser que Jeannette a ta poupée, nous partirons tout de suite pour le moulin.

Marguerite partit comme une flèche et revint avec Suzanne, très intimidée.

MADAME DE ROSBOURG. – N’aie pas peur, ma petite Suzanne. Je voudrais seulement que tu me dises ce que tu sais de la poupée de Jeannette.

Et Suzanne répéta ce qu’elle avait dit aux trois amies.

MADAME DE ROSBOURG. – Merci, Suzanne. Tu peux t’en aller ; voici des pralines pour t’amuser en route.

Rouge de plaisir, Suzanne fit une révérence et s’en alla.

– Chère amie, dit Mme de Rosbourg à Mme de Fleurville, il me paraît certain que Jeannette a la poupée de Marguerite. Mettez vos chapeaux, petites, et dépêchons-nous de nous rendre au moulin.

Tout le monde se mit en marche. Les petites parlaient toutes à la fois.

Elles arrivèrent au moulin en moins d’une demi-heure. Les petites allaient se précipiter à l’intérieur, mais Mme de Rosbourg les arrêta.

– Ne dites pas un mot, mes enfants, restez près de moi et ne parlez que lorsque vous verrez la poupée.

Les mamans les firent passer derrière et toutes cinq entrèrent.

La meunière vint ouvrir, fit beaucoup de révérences et présenta des chaises.

– Asseyez-vous, mesdames, mesdemoiselles.

MADAME DE FLEURVILLE. – Eh bien, mère Léonard, comment allez-vous ?

LA MEUNIERE. – Ça va bien, Dieu merci.

MADAME DE FLEURVILLE. – Et votre fille Jeannette, où est-elle ?

MERE LEONARD. – Je ne sais point. Peut-être au moulin ?

MADAME DE FLEURVILLE. – Mes filles voudraient la voir. Appelez-la donc…

MERE LEONARD, allant à la porte. – Jeannette, Jeannette ! (Après un moment d’attente) Elle ne vient point ; faut croire qu’elle n’ose pas !

MADAME DE FLEURVILLE. – Pourquoi n’ose-t-elle pas ?

MERE LEONARD. – Ah ! Quand elle voit ces dames, ça lui fait toujours quelque chose.

MADAME DE FLEURVILLE. – Je voudrais bien lui parler, pourtant. Si elle est sage et bonne fille, je lui ai apporté un joli fichu en soie et un beau tablier pour les dimanches.

La mère Léonard se leva, s’agita, courut jusqu’au moulin et en ramena sa fille qu’elle tenait par le bras. Jeannette se débattait.

MERE LEONARD. – Vas-tu finir, vilaine malaprise ?

JEANNETTE, criant. – Laissez-moi m’en aller !

MERE LEONARD. – De quoi as-tu peur, sans coeur ?

Jeannette cessa de se débattre. La mère Léonard lui lâcha le bras, mais Jeannette en profita pour s’échapper et s’enfuir dans sa chambre. La mère Léonard, furieuse, craignit que le fichu et le tablier ne lui échappent. Elle appela sa fille :

– Méchante enfant ! Petite drôlesse, tu vas voir, si je t’attrape !

Mme de Fleurville l’arrêta et lui dit :

– N’y allez pas, mère Léonard ; laissez-moi lui parler ; je la trouverai, allez, je connais la maison.

Mme de Fleurville entra chez Jeannette et la trouva cachée derrière une chaise. Sans mot dire, Mme de Fleurville la tira de sa cachette, s’assit sur la chaise, et, lui tenant les deux mains, lui dit :

– Pourquoi te caches-tu, Jeannette ?

Pas de réponse ; Jeannette resta tête baissée.

– Jeannette, où as-tu trouvé la belle poupée qu’on a vue chez toi, l’autre jour.

JEANNETTE, avec vivacité. – Suzanne est une menteuse ; elle n’a pas vu de poupée.

MADAME DE FLEURVILLE. – Comment sais-tu que c’est Suzanne qui me l’a dit ?

JEANNETTE, vivement. – Parce qu’elle est méchante.

MADAME DE FLEURVILLE. – Tu as peur que je te reprenne la poupée que tu as trouvée le soir de l’orage.

JEANNETTE. – Je n’ai peur de rien ; je n’ai rien trouvé sous le chêne et je n’ai point la poupée de Mlle Marguerite.

MADAME DE FLEURVILLE. – Comment sais-tu que c’est de la poupée de Marguerite que je te parle et qu’elle était sous le chêne ?

Jeannette, voyant qu’elle se trahissait de plus en plus, se mit à crier et à se débattre.

Mme de Fleurville la laissa se dégager. Voyant qu’elle s’était réfugiée près du lit, elle s’approcha, se baissa et aperçut la poupée sous le lit, tout au fond. Elle se tourna vers la mère Léonard et lui ordonna d’un air sévère de retirer la poupée.

– Saviez-vous, demanda Mme de Fleurville, que votre fille avait cette poupée ?

– Pour ça non, chère dame, répondit la mère Léonard. Je la lui aurais fait reporter au château, car elle sait bien qu’elle est à Mlle Marguerite.

(Se retournant vers Jeannette) Vilaine petite voleuse, tu vas voir comme je te corrigerai.

Mme de Fleurville, craignant une punition trop forte, chercha à la calmer et réussit à lui faire promettre qu’elle ne fouetterait pas sa fille mais se contenterait de l’enfermer pour le reste de la journée.

Mme de Fleurville remit sa poupée à Marguerite sans mot dire et sortit avec Mme de Rosbourg, suivie des trois enfants.

Elles s’étaient à peine éloignées qu’elles entendirent des cris perçants : c’était Jeannette qui recevait le fouet de la mère Léonard.

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12 – Visite chez Sophie

« Mais chairs amie, veuné chés moi demin ; mamman demand ça à votre mamman ; nous dinron à sainq eure pour joué avan é allé promené aprais. Je pari que j’ai fé de fôtes ; ne vous moké pas de moi, je vous pri !
Sophie, votre ami. »

Camille reçut ce billet quelques jours après l’histoire de la poupée ; elle ne put s’empêcher de rire en voyant ces énormes fautes d’orthographe ; elle alla chez sa maman.

CAMILLE. – Sophie m’écrit que sa maman nous invite toutes à aller dîner chez elle demain.

MADAME DE FLEURVILLE. – Aïe, aïe ! Quel ennui ! Est-ce que ce dîner t’amuserait, Camille ?

CAMILLE. – Beaucoup, maman, j’aime beaucoup cette pauvre Sophie, qui est si malheureuse.

MADAME DE FLEURVILLE, embrassant Camille. – C’est bien, réponds-lui que nous irons demain.

Camille remercia sa maman et courut prévenir Madeleine et Marguerite.

Toute la journée, les petites filles préparèrent la visite du lendemain. Marguerite voulait mettre une robe de mousseline blanche ; Madeleine et Camille de simples robes de toile. Mme de Rosbourg trancha en conseillant les robes de toile.

Marguerite tenait à emporter sa belle poupée ; Camille et Madeleine lui dirent :

– Prends garde, Marguerite, souviens-toi du gros chêne et de Jeannette.

MARGUERITE. – Mais demain il n’y aura pas d’orage, ni de forêt, ni de Jeannette.

MADELEINE. – Non, mais tu pourrais l’oublier quelque part, ou la laisser tomber et la casser.

MARGUERITE. – C’est ennuyeux de toujours laisser ma pauvre poupée à la maison. Pauvre petite ! elle s’ennuie ! Jamais elle ne sort !

Camille et Madeleine se mirent à rire ; Marguerite, après un instant d’hésitation, rit avec elles et avoua qu’il était plus raisonnable de laisser la poupée à la maison.

Le lendemain matin, les petites filles travaillèrent comme de coutume ; à deux heures et demie elles montèrent en calèche découverte. Il faisait un temps magnifique. Le voyage dura à peine vingt minutes. La grosse Mme Fichini les attendait sur le perron ; Sophie se tenait en arrière, de crainte des soufflets.

– Bonjour, chères dames, s’écria Mme Fichini ; bonjour, chères demoiselles ; comme c’est aimable d’arriver de bonne heure ! les enfants auront le temps de jouer, et nous autres mamans, nous causerons. J’ai une grâce à vous demander, chères dames, au sujet de ma vaurienne de fille. Je veux vous en faire cadeau quelques semaines, si vous voulez bien la garder pendant un voyage que je dois faire.

Mme de Fleurville, surprise, ne répondit rien. Ces dames entrèrent dans le salon et les enfants restèrent dans le vestibule.

– Qu’a dit ta belle-mère, Sophie ? demanda Marguerite, qu’elle voulait te donner à maman ? Où veut-elle donc aller sans toi ?

– Je n’en sais rien, répondit Sophie en soupirant. Je sais seulement que depuis deux jours elle me bat souvent et qu’elle veut me laisser seule ici pendant qu’elle fera un voyage en Italie.

– Et tu es triste ? lui demanda Camille.

– Oh, non ! surtout si je reste chez vous. Je serais si heureuse avec vous ! Jamais battue, jamais injustement grondée, je ne serai plus seule des journées entières, n’apprenant rien, ne sachant que faire, m’ennuyant.

Les trois petites l’entourèrent et réussirent à la consoler ; dix minutes après, elles couraient dans le jardin et jouaient à cache-cache.

Après deux heures de courses et de jeux, comme elles avaient très chaud, elles rentrèrent à la maison.

– Dieu ! que j’ai soif ! dit Sophie.

MADELEINE. – Pourquoi ne bois-tu pas ?

SOPHIE. – Parce que ma belle-mère le défend.

MARGUERITE. – Comment ! Même pas un verre d’eau !

SOPHIE. – Absolument rien, jusqu’au dîner, et au dîner un verre seulement.

MARGUERITE. – Pauvre Sophie, mais c’est affreux !

– Sophie ! Sophie ! cria à ce moment la voix furieuse de Mme Fichini. Venez ici, mademoiselle, tout de suite.

Sophie, pâle et tremblante, se hâta d’entrer au salon. Camille, Madeleine et Marguerite restèrent au petit salon, tremblant de peur pour Sophie et écoutant de toutes leurs oreilles.

MADAME FICHINI, avec colère. – Approchez, petite voleuse ; pourquoi avez-vous bu le vin ?

SOPHIE, tremblante. – Quel vin, maman ? Je n’ai pas bu de vin.

MADAME FICHINI, la poussant rudement. Quel vin, menteuse ? Celui du carafon qui est dans mon cabinet de toilette.

SOPHIE, pleurant. – Je vous assure, maman, que je n’ai pas bu votre vin, que je ne suis pas entrée dans votre cabinet.

MADAME FICHINI. – Ah ! vous n’êtes pas entrée dans mon cabinet ! et vous n’êtes pas entrée par la fenêtre ? et qu’est-ce donc que ces marques que vos pieds ont laissées sur le sable, devant la fenêtre du cabinet ?

SOPHIE. – Je vous assure, maman…

Mme Fichini ne lui permit pas d’achever ; elle l’entraîna dans la pièce voisine et, malgré les protestations et les pleurs de Sophie, se mit à la fouetter. Ensuite, elle sortit de la pièce, rouge de colère. La malheureuse Sophie la suivait en sanglotant. Mme Fichini se retourna et lui donna un dernier soufflet. Après quoi, essoufflée, furieuse, elle revint s’asseoir sur le canapé. L’indignation empêchait ces dames de parler. Elles craignaient, si elles parlaient, d’augmenter la colère de cette méchante femme et qu’elle renonce à laisser Sophie à Fleurville pendant le voyage qu’elle devait faire.

MADAME FICHINI. – Je crains que vous ne veuillez pas recevoir chez vous une fille si méchante et si insupportable.

MADAME DE FLEURVILLE, froidement. – Je suis bien sûre, madame, que je saurai me faire obéir de Sophie sans difficulté.

MADAME FICHINI. – Donc, vous êtes d’accord ? Je vous préviens que mon absence sera longue ; je ne reviendrai pas avant deux ou trois mois.

MADAME DE FLEURVILLE, froidement. Ne vous inquiétez pas, je serai enchantée de vous rendre ce service.

MADAME FICHINI. – Dieu ! que vous êtes bonne, chère dame ! que je vous remercie ! Ainsi, je puis faire mes préparatifs de voyage ?

MADAME DE FLEURVILIE, sèchement. Quand vous voudrez, madame.

MADAME FICHINI. – Comment ! Je pourrais partir dans trois jours ?

MADAME DE FLEURVILLE. – Demain, si vous voulez.

MADAME FICHINI. – Quel bonheur ! Que vous êtes donc aimable ! Ainsi, je vous enverrai Sophie après-demain.

MADAME DE FLEURVILLE. – Très bien, madame, je l’attendrai.

MADAME FICHINI. – Surtout, madame, ne la gâtez pas.

Sophie alla rejoindre ses amies qui avaient tout entendu.

– Ma pauvre Sophie, dit Camille, comme je suis peinée que tu n’aies pu avouer que tu avais bu le vin parce que tu mourais de soif !

– Mais je ne l’aî pas bu ! répondit Sophie.

– Et ces pas sur le sable ? demanda Marguerite.

– Je t’assure que je n’ai pas touché à ce vin !

Se demandant qui pouvait bien être le vrai coupable, les enfants entreprirent de remettre de l’ordre dans la toilette de Sophie et allèrent au jardin cueillir des bouquets.

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13 – Visite au potager

Sophie, qui avait toujours le coeur gros et la démarche gênée par les coups qu’elle venait de recevoir, laissa ses amies cueillir des fleurs et alla s’asseoir chez la jardinière.

MERE LOUCHET. – Bonjour, mam’selle ; vous avez l’air tout chose, je vous voyais venir boitinant. Seriez-vous malade comme Palmyre, qui s’est fait une entorse et qui ne peut quasi pas marcher ?

SOPHIE. – Non, mère Louchet, je ne suis pas malade.

MERE LOUCHET. – Ah ! c’est que votre maman a encore fait des siennes ; elle frappe dur quand elle tape sur vous.

Sophie ne répondit pas ; elle pleurait.

MERE LOUCHET. – Voyons, mam’selle, faut pas pleurer comme ça ; faut pas être honteuse ; ça fait de la peine, voyez-vous ; nous savons que ce n’est pas tout rose pour vous. Je disais à ma Palmyre – Si je te corrigeais comme madame corrige mam’selle Sophie, tu ne serais pas aussi désobéissante.

Si vous aviez vu dans quel état elle est revenue tantôt, sa robe pleine de taches, sa main et sa figure couvertes de sable ! c’est qu’elle est tombée rudement, allez !

SOPHIE. – Comment est-elle tombée ?

MERE LOUCHET. – Ah ! je n’en sais rien, elle ne veut pas le dire. Sans doute qu’elle jouait au château, puisque nous n’avons point de sable ici ; et puis sa robe a des taches rouges comme du vin.

SOPHIE. – Est-ce qu’elle a pris le vin du cabinet de ma belle-mère ?

MERE LOUCHET. – Ah, peut-être bien ; elle y va souvent porter des herbes pour les bains de votre maman ; ça se pourrait bien qu’elle ait bu un coup et qu’elle n’ose pas le dire !

SOPHIE. – Ma belle-mère m’a fouettée parce qu’elle croyait que j’avais bu son vin, et ce n’est pas moi pourtant.

La mère Louchet changea de visage et prit un air indigné.

– Serait-il possible, pauvre petite mam’selle, que ma Palmyre ait fait ce mauvais coup et que vous ayez été punie à sa place ? Ah ! mais… Palmyre, viens donc un peu que je te parle.

PALMYRE, dans la chambre à côté. – Je ne peux pas, maman, mon pied me fait trop mal.

MERE LOUCHET. – Eh bien, nous allons venir près de toi.

Elles entrèrent chez Palmyre qui était étendue sur le lit, le pied nu et enflé.

MERE LOUCHET. – Où t’es-tu foulé la jambe comme ça ?

Palmyre rougit et ne répondit pas.

MERE LOUCHET. – Je te vas dire, moi : t’es entrée dans le cabinet de madame pour les herbes du bain ; t’as vu la bouteille, t’as voulu goûter, t’as répandu sur ta robe tout en goûtant, t’as voulu descendre par la fenêtre, t’as tombé et t’as pas osé me le dire, parce que tu savais bien que je te régalerais d’une bonne volée. Eh ?

PALMYRE, pleurant. – Oui, c’est vrai maman, c’est bien cela ; mais le bon Dieu m’a punie, car je souffre fort de ma jambe et de mon bras.

MERE LOUCHET. – Et sais-tu que la pauvre mam’selle a été fouettée par madame ? Tu mérites une raclée !

SOPHIE, avec effroi. – Oh ! ma bonne mère Louchet, je vous en prie, ne la punissez pas ; voyez comme elle souffre de son pied. Maudit vin ! Il a déjà causé bien du mal chez nous ; pardonnez à Palmyre comme je lui pardonne.

PALMYRE, joignant les mains. – Oh ! mam’selle ! que vous êtes bonne ! Comme je regrette que vous ayez été battue pour moi ! Ah ! si j’avais su, jamais je n’aurais touché à ce vin de malheur. Pardonnez-moi, mam’selle.

Sophie s’approcha du lit de Palmyre, lui prit les mains et l’embrassa. La mère Louchet essuya une larme et dit :

– Tu vois Palmyre, ce que c’est que d’avoir de la malice. Par égard pour cette bonne demoiselle, je te pardonne.

Palmyre pleurait d’attendrissement et de repentir.

Camille, Madeleine et Marguerite entrèrent ; la mère Louchet leur raconta ce qui venait de se passer et combien Sophie avait été généreuse. Sophie fut entourée et embrassée par ses trois amies.

Toutes quatre dirent adieu à Palmyre et à la mère Louchet et rentrèrent à la maison, car la cloche du dîner venait de sonner….À SUIVRE